Le football est politique et relie les peuples ; la FIFA, elle, devrait rester neutre. En invoquant sa neutralité en ce qui concerne Israël, l’instance rappelle surtout la cohérence qu’elle n’a jamais su appliquer.

Lorsque, à l’instar de la Russie en 2022, des voix se sont élevées pour réclamer l’exclusion d’Israël des compétitions de la FIFA, l’instance a répondu d’une formule simple : « la FIFA ne fait pas de politique ». Cette réponse, paradoxalement, me semble la bonne – non pas en raison du conflit concerné, mais parce que c’est la ligne qu’elle aurait toujours dû suivre.
Car le football est, par nature, politique : il mobilise des nations, réaffirme des identités collectives, et devient parfois la caisse de résonance des douleurs ou des fiertés d’un peuple. Et c’est précisément parce que le football porte déjà cette dimension politique, que la FIFA, elle, ne devrait jamais s’en mêler. Son rôle n’est pas de juger qui a raison ou tort dans les conflits du monde ni de trancher des drames géopolitiques à coups de suspensions administratives Par ailleurs, l’asymétrie affichée entre le cas russe et le cas israélien nourrit l’idée que les grandes instances sportives appliquent la morale à géométrie variable. D’autant plus que la FIFA, plombée depuis des décennies par les scandales, la corruption et les arrangements obscurs, n’a ni l’autorité morale ni la crédibilité nécessaires pour distribuer des sanctions en fonction de l’actualité internationale.
Il y a pourtant une voie plus cohérente, plus saine pour le sport mondial : admettre que le football n’est pas un tribunal. Le football, au fond, est l’une des rares langues universelles. Il relie des cultures, crée des ponts, permet à deux peuples en désaccord total de partager pendant 90 minutes une scène commune, où l’affrontement ne se fait plus par la violence, mais par le jeu, l’effort, le collectif, et le talent.
C’est précisément parce que le football est politique qu’il doit rester un lieu de rencontre — pas un outil d’exclusion. Suspendre des pays, c’est priver des populations entières d’un espace d’expression et surtout, cela contribue à diviser encore davantage les peuples. Et c’est, surtout, renoncer à la vocation première du sport : ouvrir des horizons, permettre le dialogue, et favoriser le respect mutuel.
Si la FIFA veut être crédible, elle doit adopter une posture plus impartialle. Car si le football est un espace politique — et il l’est — alors la FIFA a le devoir d’en faire un espace neutre, cohérent et accueillant, plutôt qu’un miroir des conflits mondiaux sur lequel s’appliquerait une morale sélective.